Montée attribuée à une série de facteurs, dont un développement numérique spectaculaire (sept à huit cent mille en 1700 selon une estimation sérieuse (56), les bourgeois auraient été deux millions trois cent mille environ à la veille de la Révolution) et un essor financier - par la constitution d'épargne - de la bourgeoisie rurale. A la poche, ce pouvoir éclipsera bientôt les autres, plus archaïques ; il subsistera jusqu'à nos jours et coexistera avec le pouvoir administratif.
- Enfin, si difficile que soit la vie quotidienne des pécheurs, si limité et déterminé qu'apparaisse leur champ d'action, il est essentiel de se souvenir qu'ils se situent dans un contexte social d'ensemble très différent de celui d'aujourd'hui. Les paysans, le groupe le plus proche avec lequel on pourrait les comparer, constituent en effet à la même période la grande masse de la population française (auminimum les cinq sixièmes) (57). Or, les paysans ont aussi une existence précaire: "gagner son pain, gagner sa vie, mendier son pain, mendier sa vie : alternative doublement synonyme, fondement économique et psychologique de la vie matérielle de tout un peuple, ou peu s'en faut'; écrit d'eux M. Pierre Goubert (58) ; ils sont aussi, ces paysans, "suspendus" aux aléas climatiques - générateurs d'insécurité matérielle et psychologique -, se révèlent conservateurs, routiniers dans l'exercice de leur métier - incapacité de fumer et de labourer convenablement leurs champs, à la différence de certains peuples étrangers -, disposent de maigres revenus deux à trois cents livres, selon une estimation aux alentours de 1700 -, sont soumis aux taxes seigneuriales, n' échappent pas pour autant au pouvoir économique des bourgeois ruraux, ne sont généralement pas propriétaires de leurs terres -- sauf dans le Midi où la proportion globale des propriétaires