- Tout d'abord il brosse un tableau concret, précis, varié, suivant les lieux, de ce que devait être l'existence quotidienne des pêcheurs au début du mile siècle, à l'exception, il est vrai, du littoral méditerranéen. Il nous les décrit misérables, écrasés, tendus vers la satisfaction de besoins journaliers immédiats, enfermés dans une fixité technique, "une immobilité que ne dément pas la multiplicité des conditions locales de travail et des niveaux de vie, ni même une différenciation sociale ou économique introduite par l'évolution" (55). A la lumière de l'histoire, qui précède et qui suivra, ce qui étonne l'observateur est l'extraordinaire permanence des traits de tempérament, des moeurs, des pratiques sociales des marins-pêcheurs, en même temps que leur contexte de vie difficile où le déterminisme d'un univers clos semble étouffer d'avance toute vélléité d'affranchissement.

- En second lieu, l'intérêt de l'enquête de Le Masson du Parc est qu'elle est réalisée à l'aube d'une période où va s'amorcer une profonde transformation des structures socio-économiques nationales. Les formes d'exploitation qu'il décrit et dont les pêoheurs sont les victimes - comme tout groupe en position d'infériorité sociale - sont en fait de deux types : seigneurial et donc déjà archaïque; économique par le biais des capitaux investis, la forme moderne. L'emprise de la moyenne bourgeoisie sur le secteur de la pêche ne fera par la suite que se consolider ; elle ne constitue, croyons-nous, qu'une illustration sectorielle parmi d'autres, d'une réalité profonde, globale et souvent décrite : celle de la montée du pouvoir économique de la bourgeoisie tout au long du XVIIle siècle.

LES INSTITUTIONS DE LA PECHE MARITIME - HISTOIRE ET EVOLUTION - p.210