frontières parfois difficiles délimiter. Si l'on adopte cette classification, il doit être précisé qu'en ce qui concerne la grande pêche à la morue ou la pêche lointaine au hareng, les armateurs - tel est le cas à Saint-Malo, La Rochelle, etc. - sont le plus souvent des négociants, parfois des financiers ("prêt à la grosse aventure") ; que par contre à la pêche côtière, ou même hauturière, ce sont principalement les "marchands" - voire parfois de "petits marchands" - qui sont les apporteurs de capitaux "en association" avec le maître et qui assurent fréquemment, eux-mêmes ou par personnes interposées, la vente du produit.
Telles sont donc, succinctement énumérées, les principales catégories de "bourgeois" ; elles ne sont pas rigides... n'excluent en rien les chevauchements très nombreux ni les situations particulières. Mais leur mention aide à comprendre une évolution qui semble s'être produite au XVIIIe siècle et qui a été notée par Le Masson du Parc : les hommes du grand négoce, sans pouvoir se désintéresser totalement de la pêche à la morue, vont cependant placer de plus en plus leurs capitaux dans d'autres secteurs d'activité, tel le "commerce des îles" et celui du commerce maritime en plein essor (52). Cette évolution sera précipitée par la guerre de Sept Ans dont l'un des premiers actes de piraterie se traduira par la capture, sur les bancs de Terre-Neuve (53), de deux cents morutiers français... et se terminera per notre exclusion partielle et temporaire de cette région. Mais à l'inverse, alors que le grand négoce se désintéresse partiellement de certaines pêches, les marchands, voire parfois les petits marchands, vont accroître leur influence économique sur la pêche côtière et hauturière,