La prud'homie des pêcheurs de Marseille, menacée d'être supprimée dès 1790, échappa au danger qui pesait sur elle en envoyant, après de nombreuses suppliques, une délégation à l'Assemblée. Vêtus de leurs habits de cérémonie, portant "Les insignes de leur dignité et des instruments de pêche plus ou moins hétéroclites..." (63), ses représentants se firent en séance interprètes si convaincants, l'Assemblée se montra si étonnée, que le maintien de l'institution fut admis, provisoirement, puis définitivement (décret du 8 déc. 1790). Paradoxe : tous les ports côtiers furent autorisés à constituer une prud'homie (9-12 déc. 1790) ; beaucoup utilisèrent la possibilité qui leur était ainsi offerte (St Tropez, Cette etc.) et le corporatisme dans le secteur de la pêche, à l'époque de la loi Le Chapelier (14 juin 1791), prit un essor qu'il n'avait jamais connu jusqu'alors... tout au moins quantitativement !

Les institutions maritimes survivaient donc, semblables (64) à ce qu'elles étaient sous l'Ancien Régime. Cette stabilité était en soi remarquable à une période de profonds bouleversements. Mais qu'impliquait-elle exactement ? La reconnaissance officielle, comme dans le cas des prud'homies, d'un particularisme maritime, ou plus simplement, en ce qui concerne l'Inscription maritime, le maintien de moyens éprouvés, pratiques pour l'Etat, de se procurer sans aucune difficulté des équipages militaires ? Quoi qu'il en soit, mises à part quelques mesures importantes, - telle la levée permanente décidée par une décision ministérielle du 9 avril 1835 - l'ensemble devait subsister en l'état longtemps encore. D'autre part, et ce sera une seconde observation, l'image que les Gens de Mer semblent s'être faits - spécialement

LES INSTITUTIONS DE LA PECHE MARITIME - HISTOIRE ET EVOLUTION - p.215