de cette dernière remarque ou d'en déduire des généralisations abusives, d'autres documents révélant l'existence de droits seigneuriaux nombreux frappant indifféremment, soit l'activité même des pêcheurs, soit celle de construction navale (13) ou les transactions relatives à la marée et au séchage.

On peut également conjecturer que les communautés de pêcheurs n'étaient pas des communautés artificielles ; en effet, les nécessités de se protéger contre les aléas d'une existence difficile et dangereuse (le nombre de veuves recensées a toujours été impressionnant) (14), les difficultés de la vie quotidienne - répartition d'eau douce dans les îles, construction de digues pour protéger les barques (15), désensablement des zones d'échouage - incitaient leurs membres à se grouper et à s'organiser. Organisation sans doute relativement indépendante des pouvoirs établis, mais aussi &e caractère hiérarchique marqué, souvent structurée en fonction des ressources matérielles : ainsi, seuls les patrons-pêcheurs, a-t-on vu, étaient membres des prud'homies de même que dans les corporations espagnoles ils occupaient les postes les plus importants ; surtout la rémunération était presque toujours et partout fonction du capital apporté. Par ce biais des ressources à investir allait d'ailleurs s'imposer dès le départ le pouvoir économique des marchands, dont beaucoup avaient déjà la maîtrise de la vente ; ce pouvoir ira grandissant...

Si cette hypothèse explicative globale de la vie des pêcheurs français au Moyen Age et jusqu'au XVIIe siècle, élaborée à partir de données historiques diverses mais sérieuses, est exacte comme nous le supposons, il n'est pas possible de parler durant cette période d'un ensemble sociologique

LES INSTITUTIONS DE LA PECHE MARITIME - HISTOIRE ET EVOLUTION - p.187