Si le montant du salaire des matelots boulonnais s'est en effet élevé au cours des années soixante, remarque cet auteur, il est loisible de se demander si, compte tenu des profits - même réduits par la conjoncture économique du moment (21) - réalisés par les armements, il a suffisamment augmenté (22) et si la pratique de faire participer les équi pages aux résultats de la production ne s'est pas révélée en fait un leurre pour ces derniers. Aussi n'est-il guère étonnant que certains d'entre eux - confirmation nous en a été donnée à la lecture des interviews effectuées notamment à Boulogne (23) - s'étonnent que le montant du produit brut porté sur leur fiche de paye soit toujours représenté par un chiffre rond : "on nous dit que la marée a rapporté neuf millions, et pourquoi pas 9.392.838 A.F.?". Beaucoup se scandalisent, sans pouvoir le plus souvent en expliquer les causes, de la médiocrité des prix au débarquement qui déterminent automatiquement un salaire sans proportion avec les horaires de travail fournis. D'autre part, jusqu'aux années récentes, la salaire garanti étant fixé sur une base mensuelle a en fait été rarement versé en raison de l'existence des marées "à cheval" sur deux mois : en effet, dans le cas où les résultats financiers des marées effectuées dans le mois n'atteignaient pas le seuil minimal, il arrivait fréquemment à l'armement d' alléguer que la prochaine marée, qui s'étalait à la fois sur le mois en cours et sur le suivant, rétablirait l'équilibre des précédentes; et le minimum garanti pouvait n'être pratiquement jamais appliqué. Cet "usage" a ce pendant été interdit à Boulogne depuis un accord paritaire du 10 mars 1971.