maritimes des autres catégories socio-professionnelles, notamment des paysans. Mais de quoi était faite cette mentalité ?
Plusieurs indices, relevés au cours des analyses antérieures de ce chapitre, permettent, sinon d'apporter une réponse exhaustive à cette question, du moins d'en éclairer certains aspects. Les dures sujétions militaires des inscrits, la misère qui fut souvent la leur sous l'Ancien Régime, leur assujettissement à une même administration autoritaire et source d'abus pendant longtemps avant de s'avérer, plus tard, ouvertement paternaliste, le lien subjectif établi par eux entre les astreintes auxquelles ils étaient soumis et l'obtention d'une pension, le contexte général de leur vis sociale et institutionnelle marquée par la domination des terriens et l'isolement des autres groupes sociaux, tout cet ensemble n'a-t-il pas contribué à créer, chez beaucoup d'entre eux, un état d'esprit peu propice à l'initiative, fait de dépendance et de passivité ? "Soumis aux règlements de l'inscription maritime et entourés de toute une armée de douaniers, de gardes-maritimes, de gardiens de phare qui vivent en communication constante avec eux et qui se recrutent parmi eux, les marins" - écrit un auteur (92) - "même quand ils se livrent à une activité soi-disant libre à la pêche, ont sans cesse les yeux tournés vers l'Etat duquel ils attendent tout".
Cette opinion, dont les justifications historiques sont multiples (93), apparaîtra ultérieurement, à la lumière des résultats de l'enquête de la Fondation pour la Recherche Sociale, d'une troublante actualité.